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Projet de Trail Center : les inquiétudes du Bois du Val


Raymond Delvaux| 29 Mai 2026

L'enquete publique ouverte par la ville de Seraing a suscité une réaction de la part de l'équipe du Bois du Val. Vous trouverez ci-après le texte que nous avons adressé à la ville en réponse à l'enquete publique.

Objet : Dossier n° PP2026/307 – Réclamation relative à l'enquête publique concernant la réalisation d’un Trail Center - partie de la Vecquée et Val Saint-Lambert

Madame la Bourgmestre,

Mesdames et Messieurs les membres du Collège communal,

Le présent avis est formulé dans le cadre de l’enquête publique relative à la demande de permis concernant la réalisation d’un Trail Center - partie de la Vecquée et Val Saint-Lambert) PP2026/307.

Nous réagissons à cette enquête publique en tant qu’asbl dont l’objet social est la défense de l’environnement autour du site du Val Saint-Lambert. Nous relayons également les préoccupations exprimées par des promeneurs et riverains fréquentant régulièrement les sentiers concernés par le projet et s’inquiétant des incidences de celui-ci tant sur la biodiversité que sur la sécurité et la cohabitation entre usagers de la forêt.

Nous souhaitons dès lors porter à votre connaissance les inquiétudes et observations suivantes :

  1. Concernant les atteintes à la biodiversité et l’incompatibilité du projet avec les objectifs Natura 2000

L’itinéraire VTT projeté traverse ou longe plusieurs secteurs situés en zone Natura 2000 ainsi que des milieux forestiers particulièrement sensibles sur le plan écologique.

Or, les objectifs poursuivis par le réseau Natura 2000 imposent le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable des habitats naturels ainsi que des espèces d’intérêt communautaire ayant justifié la désignation du site.

Le dossier ne prend pas en compte l’augmentation structurelle de la fréquentation récréative et des circulations VTT rapides et son incidence sur ces objectifs de conservation.

Plusieurs espèces emblématiques et/ou protégées sont régulièrement observées dans les secteurs concernés par les tracés projetés, notamment le Pic noir, le Martin-pêcheur, le Cincle plongeur ainsi que la Cigogne noire. Ces espèces nécessitent le maintien de zones de tranquillité, de milieux forestiers préservés et d’habitats fonctionnels peu soumis au dérangement humain répété.

Le dérangement engendré par une fréquentation accrue, la multiplication des passages rapides, l’augmentation du bruit ainsi que la pression exercée sur certains vallons et zones humides sont susceptibles d’affecter les conditions de reproduction, d’alimentation et de déplacement de ces espèces.

Le cas du Pic noir apparaît particulièrement préoccupant. Cette espèce d’intérêt communautaire dépend directement de la présence de vieux arbres, d’arbres morts conservés sur pied et de vastes secteurs forestiers relativement calmes. Or, l’examen de l’annexe relative aux abattages révèle des interventions en de nombreux points du tracé. Même lorsqu’il s’agit d’arbres morts ou dépérissants, leur maintien constitue un élément essentiel d’une gestion forestière favorable à la biodiversité, en particulier en zone Natura 2000.

Le bois mort joue un rôle écologique majeur en tant qu’habitat pour les insectes saproxyliques, les oiseaux cavernicoles et de nombreuses espèces forestières. L’examen de l’annexe relative aux abattages révèle des abattages et/ou déboisements en une centaine de points de tracé, dont des arbres morts. Or, une gestion orientée vers la biodiversité implique le maintien en place des arbres morts encore debout afin de favoriser la nidification de diverses espèces, et ce principe est de stricte application en zone Natura 2000. 

Par ailleurs, plusieurs secteurs traversés par le projet ont déjà subi d’importantes perturbations écologiques liées au chantier Elia. Les effets cumulés entre ces atteintes récentes et l’augmentation projetée de la fréquentation forestière ne semblent pas avoir été évalués de manière suffisante.

Nous attirons également l’attention sur le fait que certains tracés traversent des zones humides ou des secteurs servant actuellement de refuge à la petite faune et aux batraciens, alors même que ces espèces subissent déjà une forte régression. L’aménagement de passages techniques destinés à renforcer l’attractivité sportive du parcours apparaît difficilement compatible avec les impératifs de préservation de ces milieux fragiles.

Le vallon du ruisseau de Villencourt illustre particulièrement ces préoccupations. Deux pistes y convergeraient à faible distance l’une de l’autre, entraînant une concentration importante des passages et des franchissements dans un espace écologique étroit et sensible. La proximité immédiate d’une zone de reproduction du Cincle plongeur ainsi que, non loin, d’une zone de nourrissage dans laquelle la Cigogne noire a été régulièrement observée, renforce encore les inquiétudes relatives au dérangement de la faune. 

Le projet de départ d’itinéraire démarrant du chemin des Papillons pour rejoindre le ruisseau de Villencourt, en direction du Val appelle également de fortes réserves. Ce tronçon régulièrement fréquenté par les promeneurs est encore en cours de restauration après les importantes dégradations causées par le chantier de la liaison haute tension Elia. L’officialisation d’un point de départ VTT à cet endroit entraînera inévitablement une augmentation de fréquentation dans un secteur déjà particulièrement sensible. 

Plus largement, les motifs ayant conduit la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles à rendre un avis défavorable sur certains tronçons situés sur la commune de Neupré apparaissent transposables à une partie importante des tracés prévus dans le Bois de l’Abbaye. Il est ainsi écrit en page 3 du document Octroi de l’autorisation patrimoniale de l’Agence Wallonne du Patrimoine “Considérant que l’avis de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles (CRSMS) a été sollicité en date du 24 novembre 2025 ; que son avis est reproduit en annexe ; que cet avis est défavorable pour ce qui concerne les tronçons prévus sur la commune de Neupré, au motif que “que la zone envisagée pour le parcours en amont et en aval de la rue de Rosière est particulièrement sensible. Elle se situe en Site Natura 2000 (“forêt indigène de grand intérêt biologique” afin de préserver les milieux naturels et riches en biodiversité”)1. La sensibilité écologique des milieux concernés, leur classement pour une partie en Zone Natura 2000 ainsi que les dégradations déjà subies dans le cadre du chantier Elia imposent une approche particulièrement prudente, qui ne semble pas rencontrée par le projet soumis à enquête publique.

  1. Concernant la sécurité des usagers faibles et les conflits d’usage

Plusieurs tracés sont prévus sur des sentiers forestiers étroits actuellement fréquentés par des promeneurs, familles, joggeurs et usagers de la forêt.

Le Code forestier wallon organise pourtant explicitement une cohabitation différenciée des usages en forêt selon les caractéristiques des voiries forestières.

Il définit le sentier comme une « voie ouverte à la circulation du public, étroite, dont la largeur, inférieure à un mètre, n’excède pas celle nécessaire à la circulation des piétons ».

Cette définition démontre que le sentier forestier est juridiquement conçu prioritairement pour l’usage pédestre et pour les usagers faibles.

Le principe général rappelé par la Région wallonne est d’ailleurs celui de « chacun à sa place » :

  • les piétons peuvent circuler sur routes, chemins et sentiers ;
  • les cyclistes et VTT uniquement sur routes et chemins ;
  • l’accès des VTT aux sentiers n’étant admis qu’à titre dérogatoire et moyennant balisage spécifique.

Le projet soumis à enquête publique apparaît de nature à bouleverser cet équilibre en favorisant une circulation VTT rapide sur des tronçons étroits initialement adaptés à un usage piétonnier.

Cette situation est susceptible :

  • d’accroître fortement les conflits d’usage ;
  • de compromettre la sécurité des promeneurs ;
  • d’entraîner une perte de jouissance des sentiers par les familles et usagers faibles ;
  • et d’altérer la quiétude forestière pourtant protégée par le Code forestier et les objectifs Natura 2000.

Le tracé A3-4 illustre particulièrement cette problématique. Le segment situé entre les points bleu clair et bleu foncé emprunte un sentier très étroit présentant une forte pente et une visibilité réduite. Ce sentier est actuellement utilisé dans les deux sens par des promeneurs. Le risque de collision entre usagers y apparaît particulièrement élevé, notamment compte tenu de la vitesse potentielle des VTT en descente et de l’absence de séparation physique des flux.

Un autre exemple préoccupant concerne le tracé de la piste qui remonterait vers la piscine, à proximité du quartier du Bois de l’Abbaye. Là encore, il s’agit sur une grande partie du parcours d’un sentier étroit peu compatible avec une circulation VTT rapide et régulière. En outre, cette piste traverse la zone Natura 2000 de part en part et surplombe la zone où l’on déplore un effondrement important (3 m diamètre, 3 m de profondeur) résultant des forages liés au chantier Elia. 

D’une manière globale, le dossier ne démontre pas de manière suffisante que les dispositifs envisagés permettront d’assurer une cohabitation sécurisée entre les différents usagers. La mise en place de quelques panneaux de signalisation en début de parcours ne saurait constituer une garantie suffisante à cet égard.

  1. Conclusion

Au regard :

  • de la sensibilité écologique des secteurs concernés ;
  • des objectifs de conservation Natura 2000 ;
  • des incidences potentielles sur plusieurs espèces d’intérêt communautaire ;
  • des perturbations déjà subies par ces milieux ;
  • ainsi que des enjeux de sécurité pour les usagers faibles,

nous estimons que ce projet ne respecte pas l’équilibre indispensable entre les différentes fonctions de la forêt. Il constitue un risque au niveau de la sécurité des différents usagers et entraînera des dommages supplémentaires pour les bois sérésiens dans des secteurs reconnus de grand intérêt biologique dont certains ont déjà été très fortement impactés et à long terme par le chantier de la ligne à haute tension. Nous marquons donc notre opposition au projet présenté dans la demande de permis PP2026/307.

Nous vous remercions de l’attention portée à la présente réaction. Nous souhaitons être tenus au courant des suites données à ce dossier par voie électronique.

Veuillez agréer, Madame la Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les membres du Collège communal, l’expression de nos salutations distinguées.

L’asbl Le Bois du Val

1 AWAP, Octroi de l’autorisation patrimoniale, Référence : AWaP/DZE/SD/CG/HB+JMZ/ESNEUX-37+SERAING-1/FT.15235

L’asbl Le Bois du Val

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